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Retour sur le concours Prix Roman des Étudiants de la BU

📩​ Dans le cadre du Prix Roman des Étudiants France Culture, la Bibliothèque Universitaire Atrium a proposé un concours d’écriture aux étudiants, du 3 au 21 novembre 2025.

📚​ Sephora Pondi, l’une des écrivaines nominées au Prix France Culture, nous a fait l’honneur d’être le jury de ce concours, et a désigné les 10 premiers, qui ont remporté un livre offert par la BU ! 

🏅​ Madame Pondi a aussi expliqué son choix des deux textes en tête par le commentaire suivant :
« Ce qui m’a particulièrement interpellée dans les deux premiers, c’est la richesse du vocabulaire, l’originalité de la proposition et la musicalité du texte : bravo ».

📜 Nous vous proposons donc, avec l’autorisation des auteures, de découvrir ci-dessous ces deux textes !

 

Rappel du sujet du concours : 
“Après avoir lu la 4e de couverture du roman Avale de Séphora Pondi, imagine une scène qui explique soit l’origine de l’eczéma de Lame, soit celle du sang sur les mains de Tom”

 

 

Texte A, de Marie Christine Noireaud

« Cela faisait des jours et des jours qu’il y pensait et autant de nuits où il n’était pas parvenu à trouver le sommeil. Comment y échapper ? On ne parlait plus que de ça, comme si tous les Français étaient soudainement devenus passionnés par le ballon rond. Lui, non. Il n’était pas sportif et n’avait même aucun souvenir de parties endiablées avec des copains. Il n’avait jamais eu de copains. Les quelques élèves de sa classe qu’il avait essayé d’inviter chez lui, pour son anniversaire -il voyait tous les autres le faire- n’avaient jamais trouvé grâce aux yeux de ses parents. Trop ceci, trop cela, ou pas assez. Non, pas lui ! Voyons, surtout pas lui ! 

Il ne désobéissait jamais à ses vieux parents. Pourtant, il ne craignait ni leur colère ni leurs punitions. Ils étaient tellement silencieux, tellement sérieux, tellement distants et contraints. Non, il obéissait par facilité. Il aimait le calme. Et dire oui à tout - ça il l’avait compris très tôt - c’était le gage d’une immense tranquillité.

Mais un soir, au JT, il l’avait vue. Et aussitôt, il avait eu envie de dire NON à ses vieux qui continuaient à le traiter comme un enfant, alors qu’il approchait de la trentaine. ELLE était interviewée par un journaliste à la sortie d’un grand magasin, et il l’avait observée, éblouissante, lumineuse, rire devant la caméra, de ce petit rire débile de fille qui le mettait en transe. Et il l’avait entendue : « Bien-sûr que j’y serai. Il y a longtemps que j’ai réservé ma place ». Et depuis, cette bouche pulpeuse et ce ton effarouché l’obsédaient. Comme si elle ne s’était adressée qu’à lui seul, comme si elle lui avait donné rendez-vous. Alors, il leur avait dit non. Non, je ne me perdrai pas dans les transports. Non, je ne crains pas la foule. Non, je ne me ferai pas agresser. Non, non et non ! Moi aussi, je vais aller au match. Le désir l’étouffait. Son corps et son esprit ne lui laissaient plus aucun répit. Il devait la rejoindre pour à nouveau respirer librement.

Il avait attendu que le match se termine et il avait suivi des groupes de supporters. Il n’en revenait pas d’être parmi eux. Cela le rendait puissant et tellement viril. Il riait avec eux. Il chantait avec eux. Leurs cris l’électrisaient. La transe était infinie. Il ne l’avait pas retrouvée ; comment aurait-il pu ? Mais il l’avait rencontrée, ELLE, une autre belle. Ils avaient ri ensemble et bu aussi. Parlé. Sympathisé. Était-ce bien le mot ? Ses gestes et ses paroles étaient autant de preuves de l’amour qu’elle lui portait. Elle lui avait proposé de monter boire un verre chez elle…   

Cela faisait bien une heure qu’il était dans les toilettes de ce centre commercial, tremblant de tout son corps, se bouchant les oreilles de ses deux mains ensanglantées. Comme elle l’avait aimé, cette folle ! Il n’avait pas compris qu’elle ne veuille plus le revoir. Il n’avait pas supporté qu’elle le rejette ainsi ! Dégage ! avait-elle hurlé plusieurs fois. Dégage ! Il l’entendait encore.

 Cela n’avait pas été facile de lui arracher le cœur. Coriace, la Belle ! »

 

 

Texte B, de Marie-Claire Le Saint 

« Pour rien au monde Tom ne manquerait un match. Maillot de supporter exhibé, il pénètre dans le stade déjà bruyant. Les gens rient, s’interpellent, complimentent les uns et les autres sur leur tenue, leur drapeau, leur maquillage. Esprit de fête. Le match n’a pas commencé.

Le coup d’envoi est donné. C’est parti. Tom tourne la tête, à droite, à gauche, à droite, encore à droite. Il ne quitte pas le ballon des yeux. Son regard s’accroche aux joueurs. Il court avec eux.

Il est attaquant. « Passe la balle ».

Il dribble, il tacle, il tire. Buuut !

Il fait un petit pont. Il muscle son jeu. 

Tom est concentré.

Les minutes défilent, courent, marquent.

Des buts manqués     un but contre son camp      des buts marqués

Cris     Clameurs

Hurlements     Enthousiasme

Sifflements     Olas

Défaite     Liesse.           

Dans le stade, l’ambiance varie au gré des actions. Protéger les cages, relancer le jeu. Soutenir l’attaque. Avoir le sens du placement et du jeu de tête. Être offensif, buteur. Contrôler, tout contrôler.


Ambiance électrique, effervescente, stressante, frénétique, délirante.

Tom est nerveux.

Tom est crispé.

Tom buvard

Tom éponge

De corps et d’esprit.

Ses jambes n’arrêtent pas de bouger. Les pieds tapent le sol irrégulièrement, de plus en plus fort. Les yeux virevoltent. Les mains s’entrelacent, se détachent, s’enchevêtrent. Les bras s’agitent tels les ailes d’un oiseau effrayé. Le cœur bat la chamade. Coup de sifflet final. Un joueur, de colère, frappe violemment le ballon qui part loin, loin…Tom le suit des yeux. Son esprit le poursuit, le perd. Temps oublié, ballon effacé.

 

Tom quitte le stade dans un état second. Yeux fermés, sur ses rétines défile un film vu dernièrement. Romain, un supporter maladivement passionné, qui ne rate pas un match à la télévision, qui assiste à tous ceux qui se déroulent dans les stades les plus proches de chez lui, qui s’entraîne chaque jour avec l’équipe de sa ville. Qui la nuit…

À la pleine lune

À la nouvelle lune

Sous les étoiles

Dans les ténèbres

Arpente les rues

Yeux espions scrutant les trottoirs, les porches, les passages

Fouillant les buissons

Est en arrêt au moindre mouvement

Animal chasseur

Prédateur

Là, une présence.

Yeux exorbités saute dessus

Forces décuplées l’étrangle

Sors son Laguiole fétiche

Ouvre sa proie à la crapaudine

Éviscère

Croque à pleines dents le cœur

Le dépose sur la tête inanimée.

Tom se relève, titube, oscille. Hagard, les mains couvertes de sang. Égaré, Il erre, bat le pavé. Pour aller où ? … »

 

Merci à tous les participants et participantes, et à bientôt à la BU !